Journalisme de solutions et tech for good

“ En fait, finalement, ce qu’on cherche c’est toujours un peu la même chose. L’échange vrai et sincère, pour amener la personne en confiance afin qu’elle puisse se livrer en toute aisance et sans filtre.”

Michèle foin

La tech au profit de la société, tout le monde l’utilise. Mais est-elle un levier pour accomplir des objectifs de développement durable ou bien est-ce un argument pour mieux vendre ? “ À qui profite la tech for good” est le nouveau podcast qui tente de répondre à cette question , un podcast innovant qui est sorti le 17 janvier 2022.

Un podcast disponible sur les principales plateformes de podcast : Apple Podcasts, Google podcasts, Spotify, et directement sur la plateforme audio de We Tell Stories

Michèle Foin, le journalisme de solutions et la tech for good

Nous sommes allés à la rencontre de Michèle Foin, journaliste pigiste depuis maintenant une dizaine d’années. Adepte du  journalisme de terrain, de la proximité avec autrui, elle sait mettre en avant les initiatives qui fonctionnent. C’est d’ailleurs par ces valeurs prônées que Michèle Foin créa le collectif Solvo en septembre 2019. Un collectif de 8 journalistes dont Pauline Bandelier, Patrick Gaillardin, Antonin Weber et Michèle Foin.

Je te partage ci-dessous cette interview enrichissante, bonne lecture !

Pauline Bandelier, Patrick Gaillardin, Antonin Weber et Michèle Foin du Collectif Solvo

Le collectif Solvo, qu’est-ce que c’est et d’où vous est venue l’idée de créer ce collectif ?

Etant journaliste pigiste depuis maintenant dix ans, je me sentais un petit peu seule dans mon travail et j’avais vraiment l’envie de travailler en collectif. D’autre part, dans ma façon de faire, j’ai toujours aimé trouver des initiatives qui apportent des choses constructives à des problèmes de société. 

Un beau jour, j’ai découvert des personnes qui avaient théorisé cela et qui avaient construit un certain mouvement nommé « le journalisme de solution » . Il existe actuellement un mouvement situé dans le nord et un mouvement aux états-unis. Avec le collectif, au moment où nous avons décidé de nous lancer dans le journalisme de solution, on était à une période où les médias suscitaient la méfiance du grand public. Donc créer ce collectif, c’était aussi une solution pour apporter un journalisme différent, pour apporter des éléments constructifs à la couverture de l’actualité.

Pourquoi le journalisme de solutions ?

Notre collectif, c’est avant tout 8 journalistes pigistes motivés par l’idée d’un journalisme qui va décortiquer les solutions, qui va comprendre comment celle-ci fonctionne, qui va explorer ses limites et qui va dans la construction de l’article ou du livrable, donner des clés pour la reproduire. Pour que ça serve à d’autres, pour qu’ autrui puisse s’emparer de cette solution et la dupliquer ailleurs.  On va explorer tous types de média pour faire ce type de journalisme . Il faut savoir que ce n’est pas évident de faire exclusivement du journalisme de solutions, d’investigations. C’est un type de journalisme qui prend beaucoup de temps et parfois, c’est évidemment moins rentable. C’est un journalisme assez exigeant, puisqu’il faut faire une enquête, il ne faut pas se contenter de ce que dise les porteurs de projet mais il faut aussi trouver des détracteurs de projet pour comprendre quelles sont les limites de ce projet. Il faut voir réellement si ça fonctionne, savoir prendre du recul et avoir des chiffres sur ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas.

Est-ce que ce n’est pas un journalisme d’idéalistes qui veulent changer le monde alors qu’il ne se porte pas bien ?

Le journalisme de solutions n’est pas idéaliste dans le sens où ce n’est pas un journalisme de bonnes nouvelles. Ce n’est pas un journalisme qui va mettre en avant que les points positifs, qui fonctionnent bien. À titre d’exemple, même un article ou un reportage sur une solution qui n’a pas fonctionné, c’est du journalisme de solution puisqu’ils vont montrer ce qui n’a pas fonctionné, ils vont informer. Le journalisme de solution, c’est les choses qui fonctionnent et qui ne fonctionnent pas. On va chercher un équilibre entre les détracteurs et les porteurs de projets. Dans un article de solutions, il y a des contradictions, ou sinon ce n’est pas un bon article de solution.

Et alors venons-en au podcast, qu’est-ce qui vous a motivés à vous lancer dans le podcast, alors que la plupart d’entre vous ne viennent même pas du monde de la radio ?

On avait l’envie d’explorer de nouveaux médias parce que chacun avait envie de sortir de sa zone de confort. Et puis, un nouveau challenge et le faire en équipe, cela nous a permis de nous sentir moins seules. Il est évident qu’à plusieurs, on ose davantage que seul. Donc d’une part pour le média et d’autre part pour le sujet. Actuellement, il y a vraiment beaucoup de podcasts de conversation, qui vont mettre en avant des start-up et les interroger sur leurs succès et leurs financements. Nous, on veut faire les choses différemment et interroger les bénéficiaires de quelques initiatives pour pouvoir débusquer les limites.

Le sujet de la tech for good. Pourquoi ce sujet ? Est-ce un sujet porteur ?

La tech for good est un sujet qui nous est arrivé un petit peu par hasard, c’est une conjonction de rencontres. Au départ, on a été attiré par une initiative qui s’appelle “linked out”, qui est un réseau social qui est le pendant de linked in et qui s’adresse aux personnes qui n’ont pas de réseau social. Cela peut être des personnes exclues, des personnes en grande précarité ou des personnes qui n’ont pas d’emploi. Ce réseau a été monté par une association d’aide aux personnes sans domicile fixe et ont vraiment flashé sur cette idée de construire un réseau social basé sur de la tech et le numérique nous a vraiment intéressé. 

Pour en découvrir plus sur linked out : https://www.linkedout.fr/

Qu’est-ce que la tech exactement?

Qu’est ce qui est tech et qui se prétend solution? la tech for good. C’est un mouvement de la technologie pour le bien commun. C’est donc des entrepreneurs, des applications qui tentent avec la technologie et le numérique de résoudre des problèmes de société. Derrière tout ça, il y a pas mal d’appels à des fonds d’investissement.

On a donc voulu trouver des initiatives qui fonctionnent et qui a priori était en accord avec le bien commun. Ce qui nous a motivé c’est savoir si on pouvait allier profit et bien commun. Est-ce que ce n’est pas antinomique? Est-ce que les start-up peuvent vraiment œuvrer pour le bien commun à partir du moment où les investisseurs demandent à ce qu’elles aient un retour sur investissement. Le bien commun n’est pas spécialement rentable malheureusement.

On ne voulait pas tout traiter, la tech for good c’est super large. On a été interroger des experts, des personnes qui qui se questionnent sur le sujet de la tech , des professeurs et des associations qui essaient d’avoir une tech vertueuse. Nous voulions savoir quels sont les enjeux de la tech for good. Nous avons dégagé cinq ou six grandes questions et nous sommes allés chercher des initiatives qui pouvaient illustrer la réponse à nos questions. 

Cette expérience podcast qui touche à sa fin, qu’est-ce que vous en retirez comme collectif ?

En tant que collectif, notre envie de départ, c’est qu’il y ait un fil conducteur entre le début et la fin. Qu’on suive un épisode et qu’on débloque au fur et à mesure des épisodes un questionnement, qu’on découvre une certaine logique. Et c’était assez complexe, un vrai challenge de faire cela à quatre. Il fallait se mettre d’accord sur les plans de chaque épisode et évidemment cela ne se passe jamais comme prévu, il y a toujours des difficultés Il n’y a pas eu une homogénéité d’un épisode à l’autre comme on le souhaitait mais notre projet représente la personnalité de chaque auteur.

Cette expérience podcast touche à sa fin, qu’est-ce tu en retires?

Je me suis confrontée à un exercice que je n’avais jamais fait auparavant donc une nouvelle expérience. J’ai maintenant une idée des différentes étapes et je comprends la complexité de l’exercice.

Ce que j’ai beaucoup aimé, c’est cette enquête où j’ai essayé de débusquer les limites. Les porteurs de projets ont également aimé notre approche de l’interview. Ils ont trouvé que c’était original et que ça changeait vraiment de la façon dont on les abordait d’habitude. Ils n’avaient jamais été confrontés à ce type d’interview où l’on arrivait avec les extraits et où ils devaient réagir aux limites qu’on leur apportait. Ils ont trouvé ça super intéressant de voir leur initiative sous un autre angle. 

Les porteurs de projet ont vraiment joué le jeu et on répondu à nos questions en toute transparence.


Retrouvez le podcast à écouter par ici et à bientôt pour d’autres lectures.

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